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De la nécessité de réécrire

English: Wolf Pack, Innoko National Wildlife R...

Wolves packs - Image via Wikipedia

Avant d’entreprendre l’écriture du «Tueur à gages» à l’automne dernier, je travaillais sur une version plus étoffée de «La meute», avec laquelle j’ai bien l’intention d’en faire un roman respectable. Au cours de l’été passé, j’ai travaillé principalement à ajouter beaucoup de profondeur au personnage principal, notamment en lui créant un passé, une histoire, dans le but que son vécu puisse justifier sa personnalité présente, tel que le coeur de l’intrigue nous la présente.

Bertrand Lagendron, le détective qui mène l’enquête sur la mort mystérieuse d’une femme dans son chalet, se vouait, étant jeune, à une vie bien tranquille dans les ordres catholiques, comme prêtre d’abord, puis qui sait ensuite où son dévouement l’aurait élevé.

Mais des événements particuliers l’ont plutôt lancé dans l’aventure, et sans le savoir à ce moment, il prenait goût au travail d’enquête et de recherche qui ferait plus tard de lui un détective émérite.

Fort de cette idée pour améliorer mon histoire, j’écrivis pas mal pendant l’été, en combinant mes séances d’écriture avec de courtes périodes de recherches et de documentation. J’agrémentai donc ainsi la ligne directrice de mon histoire avec une histoire parallèle. J’en profitai aussi pour réécrire complètement l’un des passages qui se passe dans les années 1800. En sommes, j’étais très satisfait de la tournure que prenais mon histoire, qui originellement n’était qu’une courte nouvelle séparée en sept jours, écrites à la hâte pour l’Halloween 2010.

Déséquilibre

Je commençais vraiment à aimer mon histoire; elle se structurait mieux, donnait de la profondeur au personnage principal et mettait la table à un scénario plus poussée, mieux étayé et traversant plusieurs époques. Puis, à l’automne j’entrepris le Nanowrimo et délaissai complètement «La meute». Cette semaine, j’en fis une lecture complète, dans l’état où je l’ai laissé à l’automne.

*OUCH!

Je constatai le déséquilibre entre ce que j’avais  ajouté, à tête reposée,  et les parties qui furent rédigées en 2010 « juste comme ça pour le fun ». Moi qui  croyais (naïvement)  m’approcher d’une version proche d’une révision finale, la claque a été dure. En même temps, j’aurais dû m’attendre à cela. En prenant une approche plus sérieuse pour imaginer puis écrire les ‘ajouts‘, le résultat se devait d’être meilleur.

Se retrousser les manches

Au bout du compte, je suis content de cet exercice. Ça va me forcer à retravailler les parties originales de l’histoire, pour les élever au niveau du reste, de l’histoire parallèle, de l’univers de Lagendron que j’ai créée lors des derniers mois ; cette portion est issue d’une bien meilleure plume, selon moi. J’ai vraiment la motivation d’y arriver, et alors je pourrai être fier d’avoir réussi, non seulement à améliorer une nouvelle, mais aussi à avoir réussi à donner vraiment vie au personnage principal. Sans compter que ce travail m’a permis d’améliorer encore davantage mon style d’écriture.

Mais d’ici là, le travail reste colossal, et l’histoire prends une dimension bien plus complexe que ce que j’avais imaginé d’abord. Et c’est bien parfait ainsi, parce que de surprise en surprise, c’est ce que j’aime et c’est ce qui me motive à continuer d’écrire! Je me rends compte à travers cela que cette réécriture enrichie constamment mes personnages, et les contextes dans lesquels je les fais évoluer.  Par exemple, je n’avais jamais envisagé qu’un ou plusieurs de ces personnages policiers puisse se retrouver dans un autre contexte, avec d’autres aventures et entourés d’autres personnages secondaires. Voilà que par cette réécriture forcée, je me laisse aller à imaginer de tels scénario, et je peux vous le dire, c’est extrêmement stimulant!

La meute – jour 7 et conclusion: La malédiction du moulin Chesniers.

Voici la septième et dernière partie de ce récit! Si vous avez manqué le début, pas de panique! Il est juste ici: La meute – jour 6: Les malheurs de Sophie.

1810. En une chaude journée d’automne, Hubert Chesniers fils revenait du bois avec son chien, un magnifique Terrier de quatre ans, tenant à la main trois grasses perdrix. Hubert Chesniers, père, le suivait quelques dix mètres derrière, les mains également pleines de ces savoureux volatiles.

Le plus jeune des deux Chesniers remarqua quelques pistes, s’accroupit, puis héla son père. Celui-ci s’accroupit aux côtés de son fils, puis releva les empreintes du loup. Cela faisait plus d’une semaine que ce loup rodait par ici. À en juger par la taille de ses empreintes, anormalement grosses, ce devait être un vieux loup, probablement chassé de sa meute à cause de son âge. Un loup âgé et seul a peu de chance de subsister. La force du loup est sa meute. Laissé à lui-même, il ne peut espérer chasser de grandes proies. Ce vieux loup rôdait donc depuis quelques temps aux abords de la ferme.

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La meute – jour 6: Les malheurs de Sophie

L’aventure du détective LaGendron est presque terminée! En attendant, si vous avez manqué le début, il est ici: https://chapitreun.files.wordpress.com/2010/10/300_wolf.jpgindex.php/2010/10/la-meute-jour-1-macabre-decouverte/

Personne ne savait que Sophie était enceinte. Lors de sa mort à cinq cent pieds à peine dans les airs, au moment même où son cœur flanchait, son bas ventre déversait dans les couvertures qui l’enveloppaient un flot visqueux et odorant, un mélange organique dans lequel nageait encore le foetus. Officiellement, l’on ne pouvait statuer que ce fut cet avortement naturel qui avait tué la jeune femme. Mais son horrible cri de mort avait causé l’accident d’hélicoptère. À Montréal comme à Québec, la presse tendit l’oreille sur cette histoire, et ne tarderait pas à en savoir davantage.

Écarquillant les yeux, le médecin légiste n’eut pas à chercher bien loin pour faire comprendre son trouble à l’inspecteur LaGendron. S’il est vrai qu’une image vaut mille mots, aucun ne venait à la bouche du sergent-détective. Devant lui, la masse noirâtre et humide ne correspondait pas à l’image qu’il s’était fait d’un fœtus. Il sortit de la poche de son veston une barre Mars, la déballa et l’avala en deux bouchées. Tournant d’un pas lent autour du plateau de métal, il ne pouvait s’empêcher de songer, non sans un peu d’humour noir, à quel point l’expression « fausse couche » était approprié en de pareilles circonstances. Le minuscule corps, tout replié sur lui-même, avaient les mêmes caractéristiques physiques que le géant de la photo et le chasseur suicidé. Déjà les poils de son postérieur recouvraient une partie de son minuscule organe géniteur. Lire la Suite…

La meute – jour 5: Équipe réduite.

Ce chapitre constitue le cinquième jour de l’enquête du sergent LaGendron concernant la mort suspecte de Simone Van Broonerg. Si vous avez manqué des épisodes, rendez-vous au début pour reprendre le fil de l’histoire : https://chapitreun.files.wordpress.com/2010/10/img_91291.jpgindex.php/2010/10/la-meute-jour-1-macabre-decouverte/.

 

Il approchait minuit lorsque Vincent et LaGendron rentrèrent au quartier général de la SQ, les traits tirés, l’air absent. Ils n’avaient pas échangé un mot sur tout le chemin du retour, et n’avaient pas plus remarqué que la lune était, encore, anormalement pleine – c’était le troisième jour consécutif qu’elle se refusait à diminuer. Seul leurs regards s’était croisés à une ou deux occasions, mais sans qu’aucun n’osent exprimer à voix haute ses pensées. Maintenant, la lumière des gyrophares qui les avaient suivis sur quelques kilomètres se perdaient sur leur droite. La loi ne permettait pas d’arrêter un homme parce que son poil pubien est trop fourni. La loi ne permettait pas de tuer un homme sous prétexte que ce n’en est pas un. Aucune loi n’a jamais été pensée pour de telles circonstances. Mais parfois l’homme lui-même trouve la force de régler ce qui est contre nature, lorsqu’il en est conscient et qu’il ne peut simplement pas l’accepter.

Ils quittèrent rapidement le bâtiment gouvernemental, toujours sans échanger un mot, chacun se demandant si l’autre allait être là le lendemain. Et leur nuit fut peuplée de mauvais rêves. Mais le matin suivant,  ils étaient tous deux fidèles au poste pour le meeting organisationnel. Le visage pâle et fatigué, les yeux cernés, LaGendron jeta un regard circulaire sur l’ensemble de l’équipe, pris une grande respiration et expliqua les derniers événements. Il offrit ensuite la possibilité à chacun de se retirer du dossier s’il en avait envie. Aucun n’accepta cette offre, et cela lui donna du courage. Lire la Suite…

La meute – jour 4: De ces chasseurs qui disparaissent comme ça parfois, sans laisser de trace.

Voici la suite de l’aventure du détective LaGendron. Si vous avez manqué les jour précédents, l’histoire débute ici: https://chapitreun.files.wordpress.com/2010/10/roxdevils111.jpgindex.php/2010/10/la-meute-jour-1-macabre-decouverte/

Le cliché fit le tour de la table lentement. Très lentement. Vincent, comme les autres, ne trouvait mot à dire. Le silence lourd et opaque qui régnait dans la pièce était évocateur. L’on n’avait rien pu retirer de l’identité du chasseur présent aux côtés de l’homme sur la photo. L’on pu cependant assumer qu’aux moins une série des empreintes de pieds nus relevées sur le sol spongieux du boisé pouvait correspondre aux pieds de l’homme nu. Maintenant qu’il apparaissait en entier sur la photo, l’on pouvait juger de sa taille imposante. Il devait faire facilement dans les sept pieds et demi ou plus. Et dans cette posture, l’on voyait bien sa difformité. Ses jambes, longues, maigres, anormalement ployés faisait peur. Sa nuque était allongée, son échine dorsale semblait trop grosse pour son corps. Ses chevilles étaient anormalement « animales ». C’est Sophie qui employa ce qualificatif, et il fut adopté ensuite par l’ensemble de l’équipe.

Cet homme n’était pas un homme. Il faisait peur. Il n’existait pas. L’on discuta longuement sur ces origines possibles. Fantôme. Esprit. Génie des bois. Une sorte de Wendigo? Le malaise s’installait parmi les membres de l’équipe. Les chaises, devenues inconfortables, se dandinaient sous les fessiers. Un claquement de porte dans le bureau voisin les fit tous sursauter comme des marionnettes. Le souffle court, LaGendron parvint à calmer ses esprits et à reprendre un discours rationnel. Il fit alors ce qu’il faisait le mieux, organiser ses effectifs.

Sophie passerait la journée à analyser plus en profondeur les différents clichés, tandis que trois autres policiers devaient aller effectuer d’autres fouilles dans le boisé derrière le chalet.

Vincent devait quant à lui chercher dans les archives les rapports de polices et toutes autres sources d’informations, des traces de disparitions récentes de chasseurs. Si un chasseur avait été porté disparu – ou retrouvé mort – dans les environs, LaGendron voulait le savoir.

Ce dernier décida de retourner au laboratoire afin d’examiner une fois de plus le cadavre de Simone Van Broonberg, mais cette dernière n’avait plus rien à dévoiler. Alors qu’il s’apprêtait à quitter la pièce froide, il entendit  son téléphone portable se manifester, le sortit de sa poche, regarda le minuscule écran et constata que Vincent n’avait pas perdu son temps. Lire la Suite…

La meute – jour 3: l’homme nu.

Ce chapitre constitue le troisième jour consécutif de l’enquête du sergent LaGendron concernant la mort d’une vieille femme, morte de peur.  Si vous avez manqué des épisodes, rendez-vous au début pour reprendre le fil de l’histoire : https://chapitreun.files.wordpress.com/2010/10/dreamstime_23107301.jpgindex.php/2010/10/la-meute-jour-1-macabre-decouverte/.

 

Cette troisième journée d’enquête fut toute orientée vers l’arrière du chalet et  envers l’homme apparaissant sur la photo. La photo fit l’objet d’une analyse poussée afin de valider son authenticité. Cela ne faisait aucun doute, mais le protocole en pareilles circonstances commandait cette vérification. Les cas  » d’apparitions  » au Québec – comme partout ailleurs – ne sont pas nouveaux, mais relève plus du folklore que de quelconques réalités scientifiques ou métaphysiques.

L‘on décortiqua l’homme sur la photo afin d’en faire une analyse forensique, permettant d’en tirer des traits mathématiques, qui, par la suite, faciliterait son identification dans les différentes bases de données. Or, il apparut très vite que quelque chose clochait avec cet homme, outre le fait qu’il s’agissait selon toute apparence d’un fantôme. Mathématiquement parlant, ses proportions ne correspondaient pas à un humain. Bien que sur la photo cela ne se voyait pas du premier coup d’œil, la longueur de ses bras était beaucoup trop longue par rapport à son cou, par exemple. Et son cou était bien trop mince pour supporter une tête aussi haute. Ses doigts, et en particulier ceux de sa main gauche qui pointait derrière lui vers la forêt, était décharnés, maigres et longs. Ses phalanges aussi étaient disproportionnées. Son sourire avait trop de dents. Lire la Suite…

La meute – Jour 2: "Le floating man"

Voici la suite de la première partie ( La meute – Jour 1: macabre découverte ).

La nuit fut trop courte pour l’équipe de l’enquêteur. Tous se réunirent dès sept heures le lendemain matin pour faire le point et échanger leur planification des heures à venir. Vincent, maintenant remis de ses émotions de la veille, se leva, puis fit le tour de la salle de conférence en relatant une fois de plus la découverte de la défunte par la vitre arrière du chalet. La salle, confortable et chaude, sentait bon le café frais, et avait un effet apaisant sur Vincent.

LaGendron quant à lui devait recevoir en matinée les résultats préliminaires de l’autopsie et dirigerait la répartition de son équipe. Il fut confirmé qu’aucune pièce d’identité n’avait été retrouvée sur la victime ou sur le lieux, et pour le moment le cadavre taisait son identité. Vincent fut désigné comme  le « floating-man » pour la journée. Il fut entendu qu’il se rendrait au village voisin afin de recueillir des informations au sujet de cette vieille femme. Il s’y rendit en début de matinée.

Cette région forestière de la province comptait une multitude de petits villages bâtis sur le même schéma; une église encore pleine les dimanches, une caisse-populaire rénovée et presque trop belle, une petite épicerie dont le minuscule stationnement avant était bloqué par un pickup transportant un Quad tacheté de boue. Vincent se heurta à une porte verrouillée. Le commerce n’ouvrirait que dans une grosse demi-heure. Bien qu’encore peu expérimenté sur le difficile terrain des enquêtes, il savait d’instinct qu’il ne pourrait justifier facilement à LaGendron une attente non-productive pour cause de commerce rural fermé. Il se mit donc à chercher d’autres sources de renseignements en attendant. Lire la Suite…

La meute – Jour 1: Macabre découverte.

Le jeune officier revint sur ses pas promptement, tournant dos à  la macabre découverte. Le bruit de succion produit par la semelle de ses bottines sur la pelouse épaisse magnifiait encore son haut-le-cœur, qu’il tenta en vain de  refouler en avalant trop rapidement une grande bouffée d’air malheureusement vicié.  Jamais dans sa courte carrière de policier n’avait-il été confronté à une scène aussi effrayante. Le cadavre, celui d’une femme dans la cinquantaine avancée, avait gardé sa posture, et son visage empreint de terreur donnait un air surréaliste à sa mort. Celle-ci  allait d’ailleurs être difficile à expliquer, comme le confirmerait plus tard le regard et le hochement de tête du sergent détective LaGendron, responsable de l’enquête,  qui l’accueillit à l’avant de la demeure.

La porte principale du petit chalet de bois était verrouillée de l’intérieur, tout comme les deux fenêtres du côté. Le jeune policier s’était tout naturellement déplacé en contournant le bâtiment afin d’inspecter la façade arrière. Sa lampe de poche n’était pas indispensable, la clarté du soleil couchant étant encore suffisamment puissante pour lui permettre de bien voir, mais cela faisait sans doute plus sérieux, s’était-il dit. Ce chalet isolé était l’unique habitation dans cette partie reculée de la campagne. Le plus proche voisin devait être à une bonne demi-heure de route, sur un chemin cahoteux aux détours innombrables. On aurait pu se demander quel était l’intérêt d’avoir construit un chalet si loin de toute civilisation.

Trois jours plus tôt, deux chasseurs s’étaient égarés alors que l’orage les avait surpris. Des orages de la sorte sont peu fréquents au Québec, mais en ce chaud mois de septembre, le ciel survolté avait déversé sa colère et avait causé de nombreux ennuis. Ces deux hommes, pourtant expérimentés, s’étaient fait prendre, et, désorientés, avait pris un chemin différent de leur route de chasse habituelle. Complètement trempés et frigorifiés, ils avaient aperçu le chalet et s’y étaient rendu. Toutefois, ils ne s’en approchèrent pas beaucoup, l’odeur qui en émergeait étant telle qu’elle les repoussa et provoqua une nausée qui eu rapidement raison de leurs douloureux estomacs vides. Retrouvés par des membres bénévoles et amis de leur club de chasse, ils prévinrent les autorités. Même un homme qui n’a jamais été confronté à la mort ne peut se méprendre sur l’odeur d’un cadavre en putréfaction. Lire la Suite…

La meute – un chapitre par jour, du 25 au 31 octobre 2010

La meute (c) 2010 Denis St-Michel

La meute, une histoire de peur en sept parties

Voici en primeur ma plus récente nouvelle, qui fera partie d’un recueil d’histoires ‘de peur’, que je devrais publier quelque part en 2011. Cette histoire a été scindée en sept petites parties, que vous pourrez découvrir lors de la semaine de la Toussaint, à raison d’une partie par jour, du 25 au 31 octobre 2010 inclusivement. Le premier extrait sera diffusé dès 8h00 le 25 octobre 2010.

Par un début d’automne particulièrement chaud, deux chasseurs expérimentés s’égarent alors que le ciel se déchaîne au dessus d’eux, dans des orages d’une rare violence. Alors qu’ils aperçoivent une chalet isolé, ils s’y dirigent dans l’intention d’y trouver refuge, mais ne peuvent finalement s’y approcher de trop près. Une odeur atroce en émane, fétide, chaude. Retrouvés par des membres bénévoles et leurs familles, ils préviennent les autorités au sujet de ce sinistre chalet. Car même quelqu’un qui n’a jamais été confronté à la mort ne peut se méprendre sur l’odeur d’un corps en putréfaction.

C’est sur cette découverte macabre que l’inspecteur LaGendron entamera la plus difficile enquête de sa carrière. Et cette enquête l’emmènera à remettre en question tous ces vieux principes, et même sa foi.


Beauchesne

Beauchesne.

L’histoire que je m’apprête à vous raconter est une histoire aussi vieille qu’un village. Le village de Beauchesne avait un autre nom, avant ces événements. Aujourd’hui, même les plus âgés des résidents ne sauraient cependant vous dire lequel il était.  Ce village là a pris le nom de Beauchesne après qu’un jeune garçon eut découvert un arbre majestueux, caché sous la terre.

Ce petit garçon s’appelait Émile, et il avait huit ans. À cette époque lointaine, l’électricité n’existait pas, et les jouets en plastique non plus. Les enfants devaient s’amuser avec des petits soldats de plombs et des bouts de bois. Bien entendu, les enfants jouaient beaucoup dehors en ces temps. Dans les ruisseaux, par les grandes journées ensoleillées et chaudes de l’été, ils se rassemblaient, une bonne dizaine au moins. Il y avait Émile, bien sûr, et ses amis Paul, Fabien, Thomas et les deux Pierre. C’était d’ailleurs bien étrange, puisque les deux Pierre étaient nés exactement le même jour, et ils habitaient côte-à-côtes. Si bien que la plupart des enfants ne les séparaient jamais dans leur propos; pour tout le monde, ces deux là c’était les deux Pierre. Donc, tous ces garçons, pieds nus dans le ruisseau, empilaient des centaines, des milliers de petite roches, de bout de bois, de branches cassées, pour essayer de faire un petit barrage. Quand ils y parvenaient, et que le cours du ruisseau crochissait jusqu’à déborder sur le bord de la berge, il était souvent bien passé le coucher de soleil, et les enfants rentraient chez eux, épuisés mais fiers.

C’était ça la vie des enfants dans ce temps là. On jouait dehors, puis quand il pleuvait trop, on jouait aux soldats de plomb à l’intérieur. La vie des enfants, somme toute, était simple et amusante. Mais les événements qui arrivèrent ensuite établirent une tradition qui se fête encore chaque année dans le village de Beauchesne.

Une année, il y eut un grand remue-ménage à l’hôtel de ville. Le maire et les élus, bien encadrés par le curé de la paroisse, un homme dans la quarantaine,  dynamique et toujours plein d’idées, décidèrent d’organiser une grande fête. On allait fêter le village comme jamais personne n’avait fêté au Québec! Tout les villageois participaient à l’élaboration de cette fête.

Il y avait monsieur Gendron, l’imprimeur, qui imprima des milliers de papiers annonçant ce grand événement. Ceux-ci furent envoyés dans tous les villages environnants. On voulait faire les choses en grand. Sœur Murielle forma une chorale avec ses écolières. Et c’est sans relâche qu’elles pratiquèrent trois soirs par semaine. Le maire était tellement fier de cette chorale qu’il décréta que ce serait elle qui ouvrirait les festivités.

Et alors que tout le village préparait cette grande fête, Émile et ses amis eux se prêtaient encore à leurs jeux extérieurs. Et avec l’été et la fin des classes, ils passaient encore plus de temps à jouer et explorer les champs aux environs du village. Une bonne journée, ils débouchèrent dans le sous-bois derrière la butte au bonhomme Ti-Bi. Le bonhomme Ti-Bi était un fermier un peu grognon qui ne semblait pas aimer beaucoup les enfants. Aussi étaient-ils toujours silencieux lorsqu’ils passaient par là. Avec ces gros sourcils broussailleux, ses habits rêches et sa jambe déformée, il était assez épeurant, le bonhomme Ti-Bi. Certains disaient qu’il s’était crochis la jambe à la guerre, en France. D’autres disaient qu’il était tombé de son cheval. Enfin, la rumeur disait aussi qu’il était tombé d’un arbre gigantesque, et que le pauvre en avait été tellement apeuré qu’il ne voulut plus jamais parler de cette histoire à personne.

Quoi qu’il en soit, Émile et sa bande préféraient nettement l’éviter. Cette journée là, donc, ils poursuivirent leur chemin en longeant le petit sous-bois, et contournèrent la terre du bonhomme Ti-bi.  C’était la première fois qu’ils allaient aussi loin, et ce qu’ils virent alors leur coupa le souffle. Une énorme butte s’élevait à l’extrémité du champ, et en contrebas l’on apercevait un ravin, haut d’au moins soixante pieds. Ils s’y rendirent en toute hâte. Le ravin était à-pic. Mais la butte semblait en fait simplement une espèce de parois rocheuse surélevée. En examinant de plus près, Émile aperçut plusieurs petits trous. Il se pencha par-dessus l’un deux, le plus gros. Pendant que les deux Pierre tenaient ses jambes, Émile se pencha encore plus. Son corps dépassait maintenant la paroi rocheuse. Ses yeux scrutaient la partie ombragée, sous le trou.

«Les gars, je vois une caverne!»

Il n’en fallut pas plus pour que toute la bande se contorsionne afin d’apercevoir l’intérieur de cette caverne. Elle était bien là, d’apparence vaste. L’odeur humide qui s’en dégageait laissait présager qu’une source d’eau ou une rivière souterraine alimentait son fond. Émile continuait à regarder à l’intérieur. Ses yeux commencèrent à s’habituer à la noirceur. Puis c’est là qu’il aperçu l’arbre. Pas un petit arbre ordinaire! C’était sans doute l’arbre le plus grand et le plus gros qu’il n’ait jamais vu. Devant son cri d’exclamation, ses amis le rejoignirent près du trou, et observèrent à leur tour. L’arbre devait faire une bonne cinquantaine de pieds de sa base à sa cime. Et son envergure était telle qu’il occupait à lui seul presque toute la caverne.

Les enfants,  Émile en tête, parcourent l’autre moitié du versant rocheux, à la recherche d’une entrée praticable pour pénétrer à l’intérieur. Ils ignoraient qu’ils venaient de découvrir quelque chose qu’aucun autre habitant du village n’avait vu. Avec la tombée de la nuit, ils durent se résigner à rentrer bredouille. Cependant, l’idée de pouvoir entrer dans la caverne était si fortement encrée en eux, qu’ils se promirent donc d’y retourner dès le lendemain, et tous les jours de l’été s’il le fallait.

La nuit fut courte car ils dormirent dur! Et le lendemain, ils empruntèrent le même chemin, prenant à nouveau soin d’éviter d’attirer l’attention du bonhomme Ti-Bi. Cette fois-ci cependant, ils avaient emporté avec eux quelques outils : pelles, pioches, pics, bouts de bois, etc. Devant l’impossibilité d’entrer dans la caverne, ils entreprirent d’agrandir le plus gros des tous, jusqu’à ce qu’ils puissent y entrer et en sortir librement. Cela leur a fallu quelque jour de dur labeur, mais ils purent enfin pénétrer dans la caverne. Vu du bas, l’arbre était encore plus impressionnant. Il y avait bel et bien un petit ruisseau au fond de la caverne, et c’est probablement de là que l’arbre puisait son irrigation.

Émile et ses amis se gardèrent bien de parler à qui que ce soit de leur étonnante découverte. Et chaque jour, ils agrandirent d’avantage le trou. Puis ils agrandirent un autre trou. Puis encore un autre. Ils travaillèrent si fort et si bien, qu’à la fin de l’été, tout un côté de la grotte avait disparu. Ils avaient même pris soin d’empiler proprement les roches ainsi dégagées, de sorte qu’elles créaient comme une espèce de rempart à l’extrémité découverte de la caverne. Ce rempart avait un peu l’apparence d’un muret, et l’un des deux Pierre proposa qu’on allongea ce muret  comme pour former un chemin jusqu’à l’entrée de la caverne. La suggestion fut acceptée rapidement, et ils se remirent au travail sans tarder.

Enfin, quelques jours seulement avant le début de l’automne, et une semaine avant la grande fête du village, les enfants avait entièrement modifié le paysage de la butte au bonhomme Ti-Bi. Ils étaient on ne peut plus fier de leur exploit.  Cependant, ils n’avaient rien préparé pour la fête, et ils réalisèrent bien tristement qu’ils seraient les seuls à ne pas présenter quoi que ce soit lors des célébrations. Un certain sentiment de honte les garda réveillés plus longtemps que d’habitude  ce soir là dans leur lit. Ils ne se doutaient pas cependant que quelqu’un dans le village, était au courant de tout leur travail.

Enfin, le grand jour de la fête du village arriva. Pour l’occasion, l’on avait décoré les rues et les lampadaires à gaz. Les familles et amis des villages voisins arrivèrent dans leur carrosse à deux chevaux, peints et rafraichis pour l’occasion. Les accolades et les embrassades fusaient de partout, et les violoneux, accordéonistes, chanteurs, cuillèristes et danseurs se joignaient ensemble dans des improvisations endiablées.

Les célébrations officielles débutèrent par la chorale de sœur Murielle. Les jeunes filles entamèrent leur chanson, la voix pleine de force, et furent acclamées par des applaudissements soutenus. Monsieur le maire fit son discours, puis ce fut les danses, les chants, la fête! Cependant, Émile et sa bande se sentaient un peu triste de n’avoir rien à présenter. Certains adultes, pour qui les jeux d’enfants étaient considérés comme des sottises les regardaient d’un mauvais œil, amplifiant ainsi leur malaise.

Alors que la soirée était bien avancée, que les enfants plus jeunes dormaient dans les bras de leur mère, que d’autres vidaient bouteilles, que les musiciens prenaient un court répit et que l’ambiance festive s’emblait laisser place à la torpeur de la nuit, un homme pris place en plein milieu des badauds, se hissa avec peine sur une caisse en bois renversée, puis demanda l’attention de tous.

Là, le bonhomme Ti-Bi pointa du doigt Émile, les deux Pierre et leurs amis.

«Vous avez sans doute remarqué que ces gars là ne vous ont rien présenté pendant la fête, n’est-ce pas? Pendant que tout le monde travaillait d’arrache pied, n’aviez-vous pas l’impression que ces fainéants ne pensaient qu’à s’amuser? Hé bien suivez-moi, je vous montrerai moi, ce qu’ils faisaient.»

La panique s’empara des jeunes garçons. Alors que tout le village et ses invités suivaient le bonhomme Ti-Bi en direction de la caverne, Émile songea à s’enfuir de honte. À ses côté, Paul et les deux Pierre n’en menait pas large non plus, et suivaient le groupe le dos courbé. Au tournant d’un sentier toutefois, le bonhomme Ti-Bi se retourna brièvement, regarda Émile droit dans les yeux et lui fit un clin d’œil suivi d’un sourire large comme le bonheur. Quelques dizaines de pas plus loin, une grande clameur s’éleva de la foule.

Le muret qui encadrait le petit sentier jusqu’à la caverne était tout illuminé. Entre les pierres qu’Émile et ses amis avaient entassées, vingt  torches étaient encastrées et allumées, éclairant le sentier dans la noirceur de la nuit. Les habitants arrivèrent ensuite à l’entrée de la caverne, et y découvrirent un magnifique chêne, d’une hauteur et d’une envergure majestueuse.  Ses branches feuillues et généreuses étaient ornées d’autant de lampes à huile. Le spectacle était à couper le souffle. La brillance des flammes et des torches embellissait le ciel et jetaient même ombrage à la voie lactée, pourtant si belle et limpide en automne. C’est à ce moment, semble-t’il, qu’Émile et ses amis réalisèrent pleinement l’exploit qu’ils avaient accomplis.

En un seul été, par la seule force de leur petits bras, par leur travail acharné, ils avaient complètement dégagé une caverne et emménagé un sentier de pierres long d’une centaine de pieds. La foule rassemblée au pied du bel arbre se mit à chantonner dans la nuit. Des centaines de visages rougis par la réflexion des flammes riaient et dansaient autour de l’arbre. Le bonhomme Ti-bi offrit à boire, et expliqua ensuite aux garçons qu’il les avait observé tout l’été, et qu’il était tellement impressionné par leur travail, qu’il avait songé à leur faire cette surprise. Toute la journée précédente, il avait  à lui seul grimper à l’arbre pour y installer ses torches et ses lampes à huile. Les garçons apprirent ce soir là à respecter et à aimer ce vieil homme à l’allure un peu désagréable.

Il fut décidé que ce chêne deviendrait l’emblème de la ville. On ne sait pas exactement quand la ville changea de nom pour Beauchesne. Quoi qu’il en soit, l’on raconte que cette fête du village dura deux jours de plus que prévu, et que d’autres visiteurs provenant d’autres village arrivèrent encore durant toute l’année suivante. Émile et sa bande furent applaudis à tout rompre par les villageois, et on installa une belle plaque en bronze à l’entrée du sentier de pierre. Cette plaque y est encore aujourd’hui, et bien qu’elle ne soit pas datée, on peut encore y lire :

«À Émile, Paul, aux deux Pierre et leurs amis. Le village de Beauchesne dit Merci.»

Le chêne quant à lui est toujours aussi grand et fort. À ses pieds trônent une petite croix de bois, un peu croche. Le bonhomme Ti-Bi mourut à l’âge vénérable de cent huit ans. Et au fil des ans, le village agrandit le sentier de pierre qu’Émile et ses amis avaient initié. Et si vous allez au village de Beauchesne, vous pourrez marcher en empruntant ce sentier, qui fait maintenant le tour du village. Et par le temps où vous arriverez à la caverne, il fera nuit, mais la caverne sera plus brillante que le soleil, et si vous fermez les yeux, vous entendrez peut-être quelque violons, des clameurs et des chants, et quelques rires d’enfants jouant dans un ruisseau.