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5 idées de romans

Typewriter adler3

Image via Wikipedia

La fin des vacances

Voilà,  la rentrée des classes et la température automnale des derniers jours m’ont fait réaliser que l’été tirait à  sa fin. Voilà plusieurs semaines que j’avais pris une pause d’écriture sur chapitre/un. La raison (outre les vacances estivales) est bien simple: je travaille d’arrache-pied à mon roman «La meute». Inspiré par la nouvelle en sept jours du même nom, ce roman sera mon premier roman digne de ce nom. Pendant l’été j’ai enrichi mon texte original qui couvre maintenant une période plus vaste, allant du début du dix-neuvième siècle jusqu’aujourd’hui.

On y découvrira en plus la jeunesse de l’inspecteur Lagendron. Saviez-vous qu’avant de s’engager dans le corps policier il se vouait à une carrière apostolique? On le verra étudiant au grand séminaire de Québec. Es-t’il vraiment l’auteur des vols d’oeuvres d’art religieux qui sévissent depuis deux semaine dans la chapelle du séminaire? Et quel est ce secret gardé précieusement par le père supérieur  et qui pourrait compromettre en entier l’interprétation que l’Église a fait de l’errance de Jésus-Christ dans le désert? Lire la Suite…

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L’incroyable histoire du jeune garçon qui s’endormit sous un arbre et qui se prénommait Arthur.

Récemment mon fils me demanda de lui inventer une autre histoire, qui aurait rapport avec son école. Je n’avais pas inventé de nouvelle histoire depuis fort longtemps, et je m’efforçai donc de trouver quelques idées. Le résultat est cette histoire d’un petit garçon prénommé Arthur et qui avait de la difficulté en mathématiques. Bonne lecture!


Cette histoire est l’histoire d’un garçon prénommé Arthur et qui avait 12 ans. Il était en sixième année. C’était vers la fin de l’année scolaire. Arthur était un petit garçon bien normal, mais il était extrêmement timide. Si timide en fait, qu’il n’avait pas vraiment d’ami, car il était trop gêné. Les autres enfants à l’école ne l’écœuraient pas vraiment; au contraire, la plupart de ses camarades  de classe l’aimait bien. Arthur était sympathique, toujours gentil et attentionné avec les autres. Mais il était du type solitaire. Il lui arrivait à l’occasion de jouer avec d’autres enfants, durant la récréation ou les périodes de jeu. Mais dès qu’il en avait l’occasion, il se retirait un peu à l’écart, car il préférait jouer seul. Cette solitude faisait bien de la peine à ses parents. Ils auraient bien aimé recevoir son meilleur ami à la maison, ou organiser ses fêtes d’anniversaire avec quelques enfants. Mais Arthur était bien trop timide pour avoir un meilleur ami ou faire une liste d’invités.

Avec la fin de l’année scolaire qui arrivait, Arthur se préparait pour ses examens finaux. L’an prochain, il entrerait au secondaire, et cela le stressait quand même beaucoup. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Arthur performait bien à l’école. Que ce soit en français, en anglais, en musique ou en éducation physique, il arrivait à obtenir de très bonne note. Une seule matière lui causait de sérieux problèmes : les mathématiques. Il avait beau étudier, lire ses cahiers, faire et refaire ses exercices et ses devoirs, il ne parvenait pas à avoir de la facilité avec les chiffres. Ses parents l’épaulaient bien pourtant. Chaque soir, son père ou sa mère passait du temps avec lui afin de lui donner des trucs, de l’aider, de lui donner confiance. Mais cela ne donnait pas les résultats souhaités. Alors voilà qu’Arthur anticipait l’examen final de mathématiques avec beaucoup de crainte.

Mais une autre chose qui stressait Arthur concernant son entrée au secondaire était le déménagement. Car ses parents avaient vendu leur maison, et toute la famille déménagerait à l’automne dans un nouveau quartier, dans une autre ville, et Arthur entrerait au secondaire dans une nouvelle école. Rien de tout cela n’était très rassurant.

La nuit précédente  l’examen final de mathématiques fut très mouvementée pour notre cher Arthur.  Vous imaginez bien à quel point il fut difficile pour lui de s’endormir. Le sommeil le gagna tard dans la soirée, et il ne cessa de se tourner et se retourner pendant la nuit. Ses couvertures furent rapidement entortillées autour de ses chevilles, et le demi-sommeil dans lequel il se trouvait l’empêchait de faire le nécessaire pour se débarrasser de ces liens. Il dormit donc tout croche, à moitié prisonnier de  son lit. Il se réveilla finalement de très tôt matin, encore plus fatigué que la veille. Il était à peine quatre heures et le soleil ne pointerait ses rayons que dans de longues minutes.

Arthur se leva. Ses parents, que le cadran et la routine du travail avait déjà mis debout, préparaient le petit déjeuner en écoutant les nouvelles à la radio et s’étonnèrent de trouver Arthur éveillé et habillé. Mais leurs tentatives pour le faire manger échouèrent. Rien ne pouvait entrer dans l’estomac noué d’Arthur. Il avait la poitrine dure comme du ciment. Même un simple verre d’eau eu de la difficulté à se frayer un chemin dans sa gorge serrée. Ses parents n’osaient pas montrer qu’ils étaient inquiets eux aussi. Après tout, si Arthur devait échouer son examen de mathématique, il y avait de forte chance pour qu’il redouble son année. Arthur ne le savait que trop bien. Ne tenant plus en place, il sourit tristement à ses parents, puis leur annonça qu’il irait à l’école à pied, et passerait par le parc Beauchesne afin d’aller relaxer un petit peu.

Le parc Beauchesne était un beau grand parc, avec une fontaine au centre et plusieurs grands chênes entourant celle-ci. De nombreux banc parsemés ici et là offraient aux travailleurs et passant un endroit calme où se détendre et prendre un peu d’ombre durant les chaudes journées d’été. En plein jour, le parc grouillait de vie, humains, oiseaux et écureuils formant un tout harmonieux. Mais à cette heure hâtive du matin, le parc était tout calme. Les rues avoisinantes n’étaient pas encore peintes des couleurs des bruits de la ville. Dans les maisons, les couples se levaient, les ados trainaient dans leur lit, les poupons braillant arrachaient les quelques dernières minutes de sommeil bien mérité à leur mère.

La fontaine du parc était ceinturée d’un petit muret. Arthur s’y accota, les bras passés derrière sa nuque, et regarda le ciel qui s’éveillait lentement. La température était clémente, et à ce temps-ci de l’année, à l’approche du solstice d’été, le ciel étaient déjà d’un bleu pâle prometteur de beau temps. Arthur voyait très bien les feuilles grandes et vertes du chêne, flottant légèrement dans le vent sous la voute céleste. Il expira bruyamment, comme pour tenter de chasser les peurs et les craintes qui l’envahissaient. Il réussit à se calmer un peu, et ce fit prendre au jeu du même coup. Sans s’en apercevoir, inconsciemment, il se mit à compter les feuilles de l’arbre. Par groupe de deux, puis de trois, puis de cinq. Il se mit à en faire des formes géométriques. Les additionna, les divisa, fit des diagrammes de Sven avec les branches. Il clignait des yeux. Puis baillât. Puis s’étira. Et vous l’aurez deviné, notre cher Arthur s’endormit profondément, le visage toujours pointé vers le ciel. Et ses inquiétudes pendant qu’il dormait ainsi, paisiblement, s’enfuirent au loin.

Mais voilà que les bruits de la ville le rattrapèrent, et il fut réveillé par des bruits de klaxon. Notre ami n’avait pas de montre, ainsi il arrivait mal à savoir combien de temps il avait dormi comme ça, dans le parc. Toutefois, en regardant à nouveau le ciel, il s’aperçut que le soleil avait déjà bien entamé sa course vers le sud, et il comprit du coup qu’il était déjà très en retard pour son examen. Il ramassa hâtivement son sac et sa boite à lunch, traversa le parc à toute vitesse  et courut jusqu’à l’école.

La cour était vide et silencieuse. Arthur comprit qu’il était très en retard. Après avoir tenté en vain d’ouvrir la porte donnant sur le vestiaire de sa classe, il se dirigea rapidement vers la porte des maternelles. Mais celle-ci également était barrée de l’intérieur. Notre pauvre Arthur dût donc se résigner à entrer par la porte principale, celle là même qui donne sur le bureau de la directrice et du secrétariat. Après avoir honteusement raconté son infortune à la secrétaire, celle-ci lui fit regagner sa classe. Arthur arriva, tout penaud, et sous le regard sévère et déçu de son professeur, pris place à son pupitre. Son professeur le pressa de s’activer; il ne restait qu’une demi-heure à l’examen. Arthur était à nouveau découragé.

Il prit sa feuille d’examen. Celle-ci était écrite en chinois. Il retourna la feuille, de gauche à droite, de bas en haut, recto-verso, à l’envers comme à l’endroit, il n’y comprenait rien. Il refoula difficilement les larmes qui voulait naître au coin de ses yeux, il resserra les lèvres pour ne pas que la classe entière n’entendent son profond désarroi. Paniqué, et assuré cette-fois qu’il échouerait bel et bien son examen de mathématique, résigné à redoubler sa sixième année, Arthur fit alors quelque chose de tout à fait inattendu.

Il croisa ses bras derrière sa tête, allongea les jambes sur son pupitre, pencha sa tête vers l’arrière et pensa à la fontaine du parc Beauchesne qu’il venait de quitter il y a de cela quelques minutes à peine. Un avertissement bruyant du professeur lui fit remettre les pieds sur le sol, mais il garda néanmoins les yeux fermés. C’était sa façon à lui de se calmer, d’éviter de se mettre à pleurer devant toute la classe. En pensant profondément au parc, au bruit doux de l’eau qui barbotte, à la fine caresse du vent sur son visage, il parvenait ainsi à se détendre.

Cinq minutes avant la fin de l’examen, le professeur encouragea les élèves à se hâter. Arthur se résigna à regarder une fois encore sa feuille d’examen. Et là, un véritable miracle se produisit. Comme s’il était subitement éclairé par un esprit de génie, il comprit immédiatement toutes les questions d’examen. Il prit son crayon et le lança à toute vitesse sur le papier. Il écrivait vite notre Arthur! En quatre minutes, son examen était complété. Il ignorait s’il avait réussi ou pas, mais il avait néanmoins  inscrit une réponse à toutes les questions. Il déposa sa feuille sur le bureau du professeur, celui le dévisageant d’un regard surpris et interrogateur.

Les résultats de l’examen toutefois ne seraient reçus que plusieurs jours plus tard, par la poste. Et lorsqu’enfin le bulletin parvint au domicile d’Arthur, son père et sa mère le convoquèrent à la table afin d’examiner les résultats. Aucune surprise du côté des notes de français ou d’anglais. Il y excellait, comme toujours. En musique et en éducation physique, Arthur se débrouillait très bien aussi. Mais Arthur était nerveux, anxieux de connaître son sort face à l’examen de mathématiques. Mais alors que son père s’exclamait de joie et que sa mère lui fit le plus gros des câlins de fierté qu’il n’avait jamais reçu, il prit du bout des doigts le bulletin et y vite sa note de mathématique. 100%. Pas une seule faute à son examen. Un résultat inespéré qui ne tenait que de la magie!

Arthur et sa famille déménagea comme prévu quelques jours avant la rentrée scolaire. Arthur arriva dans sa nouvelle école, et fidèle à lui-même ne se fit pas beaucoup d’ami; la solitude était encore et toujours sa plus fidèle compagne.

Mais un jour qu’il revenait de l’école, son père et sa mère le firent venir dans la cour arrière; une surprise de taille l’attendait. Ses parents étaient si fiers de sa réussite, qu’ils avaient fait construire une petite fontaine, encerclée d’un petit muret. Ils avaient également planté un jeune chêne, encore chétif mais prometteur, juste à côté de celui-ci. Ils savaient à quel point le parc Beauchesne manquait à leur Arthur. Et chaque matin de la belle saison, Arthur se levait un peu plus tôt, déjeunait, puis allait s’étendre dans sa cours, sur le muret de la petite fontaine. Et il pensait au parc Beauchesne. Et il se sentait bien. Et depuis ce jour, jamais plus il n’eut de problèmes en mathématiques.

Beauchesne

Beauchesne.

L’histoire que je m’apprête à vous raconter est une histoire aussi vieille qu’un village. Le village de Beauchesne avait un autre nom, avant ces événements. Aujourd’hui, même les plus âgés des résidents ne sauraient cependant vous dire lequel il était.  Ce village là a pris le nom de Beauchesne après qu’un jeune garçon eut découvert un arbre majestueux, caché sous la terre.

Ce petit garçon s’appelait Émile, et il avait huit ans. À cette époque lointaine, l’électricité n’existait pas, et les jouets en plastique non plus. Les enfants devaient s’amuser avec des petits soldats de plombs et des bouts de bois. Bien entendu, les enfants jouaient beaucoup dehors en ces temps. Dans les ruisseaux, par les grandes journées ensoleillées et chaudes de l’été, ils se rassemblaient, une bonne dizaine au moins. Il y avait Émile, bien sûr, et ses amis Paul, Fabien, Thomas et les deux Pierre. C’était d’ailleurs bien étrange, puisque les deux Pierre étaient nés exactement le même jour, et ils habitaient côte-à-côtes. Si bien que la plupart des enfants ne les séparaient jamais dans leur propos; pour tout le monde, ces deux là c’était les deux Pierre. Donc, tous ces garçons, pieds nus dans le ruisseau, empilaient des centaines, des milliers de petite roches, de bout de bois, de branches cassées, pour essayer de faire un petit barrage. Quand ils y parvenaient, et que le cours du ruisseau crochissait jusqu’à déborder sur le bord de la berge, il était souvent bien passé le coucher de soleil, et les enfants rentraient chez eux, épuisés mais fiers.

C’était ça la vie des enfants dans ce temps là. On jouait dehors, puis quand il pleuvait trop, on jouait aux soldats de plomb à l’intérieur. La vie des enfants, somme toute, était simple et amusante. Mais les événements qui arrivèrent ensuite établirent une tradition qui se fête encore chaque année dans le village de Beauchesne.

Une année, il y eut un grand remue-ménage à l’hôtel de ville. Le maire et les élus, bien encadrés par le curé de la paroisse, un homme dans la quarantaine,  dynamique et toujours plein d’idées, décidèrent d’organiser une grande fête. On allait fêter le village comme jamais personne n’avait fêté au Québec! Tout les villageois participaient à l’élaboration de cette fête.

Il y avait monsieur Gendron, l’imprimeur, qui imprima des milliers de papiers annonçant ce grand événement. Ceux-ci furent envoyés dans tous les villages environnants. On voulait faire les choses en grand. Sœur Murielle forma une chorale avec ses écolières. Et c’est sans relâche qu’elles pratiquèrent trois soirs par semaine. Le maire était tellement fier de cette chorale qu’il décréta que ce serait elle qui ouvrirait les festivités.

Et alors que tout le village préparait cette grande fête, Émile et ses amis eux se prêtaient encore à leurs jeux extérieurs. Et avec l’été et la fin des classes, ils passaient encore plus de temps à jouer et explorer les champs aux environs du village. Une bonne journée, ils débouchèrent dans le sous-bois derrière la butte au bonhomme Ti-Bi. Le bonhomme Ti-Bi était un fermier un peu grognon qui ne semblait pas aimer beaucoup les enfants. Aussi étaient-ils toujours silencieux lorsqu’ils passaient par là. Avec ces gros sourcils broussailleux, ses habits rêches et sa jambe déformée, il était assez épeurant, le bonhomme Ti-Bi. Certains disaient qu’il s’était crochis la jambe à la guerre, en France. D’autres disaient qu’il était tombé de son cheval. Enfin, la rumeur disait aussi qu’il était tombé d’un arbre gigantesque, et que le pauvre en avait été tellement apeuré qu’il ne voulut plus jamais parler de cette histoire à personne.

Quoi qu’il en soit, Émile et sa bande préféraient nettement l’éviter. Cette journée là, donc, ils poursuivirent leur chemin en longeant le petit sous-bois, et contournèrent la terre du bonhomme Ti-bi.  C’était la première fois qu’ils allaient aussi loin, et ce qu’ils virent alors leur coupa le souffle. Une énorme butte s’élevait à l’extrémité du champ, et en contrebas l’on apercevait un ravin, haut d’au moins soixante pieds. Ils s’y rendirent en toute hâte. Le ravin était à-pic. Mais la butte semblait en fait simplement une espèce de parois rocheuse surélevée. En examinant de plus près, Émile aperçut plusieurs petits trous. Il se pencha par-dessus l’un deux, le plus gros. Pendant que les deux Pierre tenaient ses jambes, Émile se pencha encore plus. Son corps dépassait maintenant la paroi rocheuse. Ses yeux scrutaient la partie ombragée, sous le trou.

«Les gars, je vois une caverne!»

Il n’en fallut pas plus pour que toute la bande se contorsionne afin d’apercevoir l’intérieur de cette caverne. Elle était bien là, d’apparence vaste. L’odeur humide qui s’en dégageait laissait présager qu’une source d’eau ou une rivière souterraine alimentait son fond. Émile continuait à regarder à l’intérieur. Ses yeux commencèrent à s’habituer à la noirceur. Puis c’est là qu’il aperçu l’arbre. Pas un petit arbre ordinaire! C’était sans doute l’arbre le plus grand et le plus gros qu’il n’ait jamais vu. Devant son cri d’exclamation, ses amis le rejoignirent près du trou, et observèrent à leur tour. L’arbre devait faire une bonne cinquantaine de pieds de sa base à sa cime. Et son envergure était telle qu’il occupait à lui seul presque toute la caverne.

Les enfants,  Émile en tête, parcourent l’autre moitié du versant rocheux, à la recherche d’une entrée praticable pour pénétrer à l’intérieur. Ils ignoraient qu’ils venaient de découvrir quelque chose qu’aucun autre habitant du village n’avait vu. Avec la tombée de la nuit, ils durent se résigner à rentrer bredouille. Cependant, l’idée de pouvoir entrer dans la caverne était si fortement encrée en eux, qu’ils se promirent donc d’y retourner dès le lendemain, et tous les jours de l’été s’il le fallait.

La nuit fut courte car ils dormirent dur! Et le lendemain, ils empruntèrent le même chemin, prenant à nouveau soin d’éviter d’attirer l’attention du bonhomme Ti-Bi. Cette fois-ci cependant, ils avaient emporté avec eux quelques outils : pelles, pioches, pics, bouts de bois, etc. Devant l’impossibilité d’entrer dans la caverne, ils entreprirent d’agrandir le plus gros des tous, jusqu’à ce qu’ils puissent y entrer et en sortir librement. Cela leur a fallu quelque jour de dur labeur, mais ils purent enfin pénétrer dans la caverne. Vu du bas, l’arbre était encore plus impressionnant. Il y avait bel et bien un petit ruisseau au fond de la caverne, et c’est probablement de là que l’arbre puisait son irrigation.

Émile et ses amis se gardèrent bien de parler à qui que ce soit de leur étonnante découverte. Et chaque jour, ils agrandirent d’avantage le trou. Puis ils agrandirent un autre trou. Puis encore un autre. Ils travaillèrent si fort et si bien, qu’à la fin de l’été, tout un côté de la grotte avait disparu. Ils avaient même pris soin d’empiler proprement les roches ainsi dégagées, de sorte qu’elles créaient comme une espèce de rempart à l’extrémité découverte de la caverne. Ce rempart avait un peu l’apparence d’un muret, et l’un des deux Pierre proposa qu’on allongea ce muret  comme pour former un chemin jusqu’à l’entrée de la caverne. La suggestion fut acceptée rapidement, et ils se remirent au travail sans tarder.

Enfin, quelques jours seulement avant le début de l’automne, et une semaine avant la grande fête du village, les enfants avait entièrement modifié le paysage de la butte au bonhomme Ti-Bi. Ils étaient on ne peut plus fier de leur exploit.  Cependant, ils n’avaient rien préparé pour la fête, et ils réalisèrent bien tristement qu’ils seraient les seuls à ne pas présenter quoi que ce soit lors des célébrations. Un certain sentiment de honte les garda réveillés plus longtemps que d’habitude  ce soir là dans leur lit. Ils ne se doutaient pas cependant que quelqu’un dans le village, était au courant de tout leur travail.

Enfin, le grand jour de la fête du village arriva. Pour l’occasion, l’on avait décoré les rues et les lampadaires à gaz. Les familles et amis des villages voisins arrivèrent dans leur carrosse à deux chevaux, peints et rafraichis pour l’occasion. Les accolades et les embrassades fusaient de partout, et les violoneux, accordéonistes, chanteurs, cuillèristes et danseurs se joignaient ensemble dans des improvisations endiablées.

Les célébrations officielles débutèrent par la chorale de sœur Murielle. Les jeunes filles entamèrent leur chanson, la voix pleine de force, et furent acclamées par des applaudissements soutenus. Monsieur le maire fit son discours, puis ce fut les danses, les chants, la fête! Cependant, Émile et sa bande se sentaient un peu triste de n’avoir rien à présenter. Certains adultes, pour qui les jeux d’enfants étaient considérés comme des sottises les regardaient d’un mauvais œil, amplifiant ainsi leur malaise.

Alors que la soirée était bien avancée, que les enfants plus jeunes dormaient dans les bras de leur mère, que d’autres vidaient bouteilles, que les musiciens prenaient un court répit et que l’ambiance festive s’emblait laisser place à la torpeur de la nuit, un homme pris place en plein milieu des badauds, se hissa avec peine sur une caisse en bois renversée, puis demanda l’attention de tous.

Là, le bonhomme Ti-Bi pointa du doigt Émile, les deux Pierre et leurs amis.

«Vous avez sans doute remarqué que ces gars là ne vous ont rien présenté pendant la fête, n’est-ce pas? Pendant que tout le monde travaillait d’arrache pied, n’aviez-vous pas l’impression que ces fainéants ne pensaient qu’à s’amuser? Hé bien suivez-moi, je vous montrerai moi, ce qu’ils faisaient.»

La panique s’empara des jeunes garçons. Alors que tout le village et ses invités suivaient le bonhomme Ti-Bi en direction de la caverne, Émile songea à s’enfuir de honte. À ses côté, Paul et les deux Pierre n’en menait pas large non plus, et suivaient le groupe le dos courbé. Au tournant d’un sentier toutefois, le bonhomme Ti-Bi se retourna brièvement, regarda Émile droit dans les yeux et lui fit un clin d’œil suivi d’un sourire large comme le bonheur. Quelques dizaines de pas plus loin, une grande clameur s’éleva de la foule.

Le muret qui encadrait le petit sentier jusqu’à la caverne était tout illuminé. Entre les pierres qu’Émile et ses amis avaient entassées, vingt  torches étaient encastrées et allumées, éclairant le sentier dans la noirceur de la nuit. Les habitants arrivèrent ensuite à l’entrée de la caverne, et y découvrirent un magnifique chêne, d’une hauteur et d’une envergure majestueuse.  Ses branches feuillues et généreuses étaient ornées d’autant de lampes à huile. Le spectacle était à couper le souffle. La brillance des flammes et des torches embellissait le ciel et jetaient même ombrage à la voie lactée, pourtant si belle et limpide en automne. C’est à ce moment, semble-t’il, qu’Émile et ses amis réalisèrent pleinement l’exploit qu’ils avaient accomplis.

En un seul été, par la seule force de leur petits bras, par leur travail acharné, ils avaient complètement dégagé une caverne et emménagé un sentier de pierres long d’une centaine de pieds. La foule rassemblée au pied du bel arbre se mit à chantonner dans la nuit. Des centaines de visages rougis par la réflexion des flammes riaient et dansaient autour de l’arbre. Le bonhomme Ti-bi offrit à boire, et expliqua ensuite aux garçons qu’il les avait observé tout l’été, et qu’il était tellement impressionné par leur travail, qu’il avait songé à leur faire cette surprise. Toute la journée précédente, il avait  à lui seul grimper à l’arbre pour y installer ses torches et ses lampes à huile. Les garçons apprirent ce soir là à respecter et à aimer ce vieil homme à l’allure un peu désagréable.

Il fut décidé que ce chêne deviendrait l’emblème de la ville. On ne sait pas exactement quand la ville changea de nom pour Beauchesne. Quoi qu’il en soit, l’on raconte que cette fête du village dura deux jours de plus que prévu, et que d’autres visiteurs provenant d’autres village arrivèrent encore durant toute l’année suivante. Émile et sa bande furent applaudis à tout rompre par les villageois, et on installa une belle plaque en bronze à l’entrée du sentier de pierre. Cette plaque y est encore aujourd’hui, et bien qu’elle ne soit pas datée, on peut encore y lire :

«À Émile, Paul, aux deux Pierre et leurs amis. Le village de Beauchesne dit Merci.»

Le chêne quant à lui est toujours aussi grand et fort. À ses pieds trônent une petite croix de bois, un peu croche. Le bonhomme Ti-Bi mourut à l’âge vénérable de cent huit ans. Et au fil des ans, le village agrandit le sentier de pierre qu’Émile et ses amis avaient initié. Et si vous allez au village de Beauchesne, vous pourrez marcher en empruntant ce sentier, qui fait maintenant le tour du village. Et par le temps où vous arriverez à la caverne, il fera nuit, mais la caverne sera plus brillante que le soleil, et si vous fermez les yeux, vous entendrez peut-être quelque violons, des clameurs et des chants, et quelques rires d’enfants jouant dans un ruisseau.

Ti-Pit barbu et sa grosse patate

Il y an environ trois ans, alors que mon garçon n’allait même pas encore à la maternelle, j’ai commencé à lui inventer des histoires à l’heure du coucher. J’étais un peu tanné de toujours lire les même livres, alors un soir je lui ai inventé une histoire de bucheron. On a fait semblant lui et moi d’être autour d’un feu de camp. J’inventai mon histoire comme ça, en improvisant, et en mimant les gestes des personnages. Il a tellement aimé ça, qu’encore aujourd’hui il me demande de lui inventer de tels récits pour le border. Bien entendu l’imagination commence à faire défaut. Mais ça m’a donné envie de mettre par écrit quelques unes des histoires qu’il a apprécié le plus. Aujourd’hui je vous présente l’histoire de Ti-pit barbu et de sa grosse patate, qui soit dit en passant est l’une des ces histoires qu’il me demande encore fréquemment. Je crois bien avoir inventé cette histoire une journée où mon garçon ne voulait pas manger ses pommes de terres! N’oubliez pas qu’il s’agit d’une histoire destinée aux enfants hein! Soyez indulgents dans vos commentaires! 😉

Ti-Pit barbu et sa grosse patate.
Ces événements là sont survenus il y a quatre ans, pendant qu’on buchait du bois dans les grandes forêts de la côte-nord, à plusieurs jours de route au nord de Chibougamau. Cette fois là, on était… ah au moins une bonne quinzaine de gars à travailler dur pour couper notre bois. Il y avait le grand Jean-Jacques et son cousin Roméo; Marcel, Gérard, Mario et même le petit Étienne avec sa hache magique. Puis il y avait aussi notre Ti-Pit Barbu. On l’appelait Ti-Pit juste comme ça, parce qu’en fait, il était le plus grand et le plus costaud de la bande. Il avait des jambes qui montaient plus haut que notre taille, avec des bras deux fois plus gros que ceux de Jean-Jacques, qui ne laissait pourtant pas sa place côté robustesse. Puis il était barbu, oh ça oui! Une barbe tellement grosse qu’elle lui cachait les oreilles et descendait jusqu’à ses coudes! Sa barbe était tellement grosse qu’il avait l’air d’un ours!
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