Fedora: le repos attendra pour le macchabée!

This screenshot shows Humphrey Bogart in a tre...

Image via Wikipedia

La plupart des personnes ayant vécu une expérience de mort imminente décrivent avoir ressentie une grande paix intérieur. Une lumière au bout du tunnel, en quelques sortes, après cette vie terrestre sensorielle et désagréable, lourde de toutes ses conséquences. Les gens qui relatent cet événement affirment qu’ils n’avaient plus de ressentiment, plus de tristesse, juste un grand sentiment de calme, de sérénité.

Je me suis demandé ce qu’il pourrait bien arrivé si, à deux pas de la fin définitive de la vie, en plein cœur de cette expérience de mort imminente, un événement marquant venait ‘réveiller’ le macchabée.

Pour voir l’origine de cette histoire et son évolution, «Fedora», voyez la démarche qui m’a poussé à l’écrire.

Voici donc la première partie de Fedora – le repos attendra pour le macchabée.

Fedora – le repos attendra pour le macchabée.


La pluie tombait, lente et lourde dans ce ciel brumeux et gorgé d’humidité. Cela allait de soi dans cette scène digne des stéréotypes cinématographique. La veuve serrait son mouchoir contre son visage, masquant les spasmes de sa bouche tremblotante. Ses lèvres goûtaient  le goût salé et froid de ses pleurs. Vêtu de noir à ses côté, sa main sur son avant-bras, un homme, son frère, tenait un immense parapluie qui les couvrait tous deux. Il avait les yeux rivé sur les porteurs, et ceux-ci, sans rien pour les protéger du climat, avait le haut des épaules entièrement détrempé.

Cette journée de novembre, froide et peu lumineuse, mettait un terme à un long quarante-huit heures d’agonie. Le cadavre, long et lourd, reposait confortablement dans sa maison de bois, et s’approchait dangereusement de la fosse creusée à son intention. Amis et familles s’étaient réunies, parce qu’il le fallait, et certains parents éloignés avait hypocritement la tête ailleurs, mais ne le montrait pas.

La veuve elle, ne masquait pas ses émotions, et regrettait en ce moment même, le fait qu’elle ne soit jamais tombée enceinte peut-être encore plus que la perte de son mari. Ce mari, un gentilhomme au demeurant, était le meilleur ami du frère de cette femme, et ce frère, bien qu’il ait des allures d’homme fort, pleurait intérieurement le départ de son pote.

Par derrière la foule, près d’un petit sentier boueux, un homme, évidemment vêtu d’un Trench-coat et d’un chapeau à la Humphrey Bogart, s’approchait lentement, à grand pas. Il balança négligemment une partie de son poids contre l’écorce d’un gigantesque érable, auquel s’attachaient encore quelques feuilles jaunes et résistantes que les vents les plus crus n’avaient pas décrochées. Trop éloigné et ne faisant pas parti de la famille, les membres de celle-ci ne le remarquèrent pas.

Et tandis que tous attendaient le prêtre qui devait prononcer quelques mots pour le repos tranquille du défunt, celui-ci flottait comme ça, à quelques mètre du cercueil, ne sachant pas trop quoi faire, et trouvant la pluie trop froide. Il eu donc tout loisir de zieuter à gauche et à droite, se permettant même de porter un regard voluptueux sur telles ou telles cousines ou belles sœurs, geste qu’il ne se serait jamais permis de son vivant. Il se réjouit un instant de ce que la mort pouvait au moins lui apporter cela. Il porta un verre de vin invisible à sa bouche, rendit hommage à la beauté de la femme et cala son vin.

C’est alors qu’il l’aperçu, derrière la petite foule. Cet homme au chapeau qui le regardait droit dans les yeux. Et il sut immédiatement ce qu’était la douleur, la vraie. IL n’hésita pas un moment et fonça à toute vitesse dans son corps. Et c’est alors que la débandade commença.

Les porteurs, sous le choc, laissèrent tomber la boite, et certains se firent mal au dos en glissant dans une fâcheuse posture. La veuve émit un hoquet bruyant tandis que son frère laissait tomber son parapluie pour se précipiter aux pieds de son beau-frère. La foule émit de concert un « Ohhhhhhh! » exclamatif. Le curé qui était encore loin mais qui approchait aussi vite que ses jambes calleuses et croches le lui permettait  se signa en voyant tout cela.

Et quelle surprise de voir le macchabé sortir du cercueil, malhabile et vert de teint. Plusieurs femmes s’évanouirent, tandis que quelques hommes qui jusqu’à maintenant baillaient de fatigue avaient maintenant les yeux grands ouverts. Leur bouche béate et leur corps raidi et immobilisé par la surprise révélaient un double menton gras et pendouillant.

Le pauvre type ressuscité reprit ses esprits, épousseta rapidement d’un geste nerveux ses beaux habits, et s’enfuit à toute vitesse, bousculant une femme dans son passage sans même la reconnaitre.

Et tous étaient si surpris, si estomaqués par cet étonnant déroulement, que personne ne vit, au loin devant le défunt courant, un homme en habit et chapeau de gangster, fuyant à une vitesse inouïe. Et sur son visage tordu, un sacre prononcé en marmonant, puis un sourire en coin, essoufflé, qui semblait dire «Welcome back, old buddy!».

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About Denis St-Michel

Sympathique gaillard, programmeur et écriveux à temps perdu ;-)

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  1. Fedora: le réveil « chapitre/un - 3 mai 2011

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