La meute – jour 4: De ces chasseurs qui disparaissent comme ça parfois, sans laisser de trace.

Voici la suite de l’aventure du détective LaGendron. Si vous avez manqué les jour précédents, l’histoire débute ici: https://chapitreun.files.wordpress.com/2010/10/roxdevils111.jpgindex.php/2010/10/la-meute-jour-1-macabre-decouverte/

Le cliché fit le tour de la table lentement. Très lentement. Vincent, comme les autres, ne trouvait mot à dire. Le silence lourd et opaque qui régnait dans la pièce était évocateur. L’on n’avait rien pu retirer de l’identité du chasseur présent aux côtés de l’homme sur la photo. L’on pu cependant assumer qu’aux moins une série des empreintes de pieds nus relevées sur le sol spongieux du boisé pouvait correspondre aux pieds de l’homme nu. Maintenant qu’il apparaissait en entier sur la photo, l’on pouvait juger de sa taille imposante. Il devait faire facilement dans les sept pieds et demi ou plus. Et dans cette posture, l’on voyait bien sa difformité. Ses jambes, longues, maigres, anormalement ployés faisait peur. Sa nuque était allongée, son échine dorsale semblait trop grosse pour son corps. Ses chevilles étaient anormalement « animales ». C’est Sophie qui employa ce qualificatif, et il fut adopté ensuite par l’ensemble de l’équipe.

Cet homme n’était pas un homme. Il faisait peur. Il n’existait pas. L’on discuta longuement sur ces origines possibles. Fantôme. Esprit. Génie des bois. Une sorte de Wendigo? Le malaise s’installait parmi les membres de l’équipe. Les chaises, devenues inconfortables, se dandinaient sous les fessiers. Un claquement de porte dans le bureau voisin les fit tous sursauter comme des marionnettes. Le souffle court, LaGendron parvint à calmer ses esprits et à reprendre un discours rationnel. Il fit alors ce qu’il faisait le mieux, organiser ses effectifs.

Sophie passerait la journée à analyser plus en profondeur les différents clichés, tandis que trois autres policiers devaient aller effectuer d’autres fouilles dans le boisé derrière le chalet.

Vincent devait quant à lui chercher dans les archives les rapports de polices et toutes autres sources d’informations, des traces de disparitions récentes de chasseurs. Si un chasseur avait été porté disparu – ou retrouvé mort – dans les environs, LaGendron voulait le savoir.

Ce dernier décida de retourner au laboratoire afin d’examiner une fois de plus le cadavre de Simone Van Broonberg, mais cette dernière n’avait plus rien à dévoiler. Alors qu’il s’apprêtait à quitter la pièce froide, il entendit  son téléphone portable se manifester, le sortit de sa poche, regarda le minuscule écran et constata que Vincent n’avait pas perdu son temps.

Soixante six. Trente-trois. Soixante six. Trente-trois. Le sergent détective répétait sans cesse ces nombres et avait du mal à croire sa propre voix. C’était bien les chiffres qu’avait affirmé Vincent à l’autre bout du fil. Un total de soixante six chasseurs avaient été portés disparus dans cette région au cours des cinquante dernières années. De ce nombre, exactement trente-trois furent retrouvés. La moitié. Mais de ces trente-trois, cent pourcent d’entre eux se suicidèrent dans l’année qui suivit. 100%. Un score parfait. Trente-trois. Jésus avait trente-trois ans à sa mort. Soixante six disparitions en cinquante ans. Un total inouï. Cela en faisait l’endroit au Québec, au Canada même, avec la plus haute concentration de disparitions. Tous des chasseurs. Voilà une nouvelle donnée qui le laissa perplexe. Comment autant de personnes pouvaient-elle disparaitre ainsi sans que les médias ne s’emparent de l’histoire? Pourquoi des disparitions à cet endroit précis? A première vue l’environnement ne semblait pas présenter beaucoup de difficultés ou de pièges naturels. Il y avait certes une petite rivière sur ce territoire, mais son cours était calme et sa profondeur négligeable.

LaGendron quitta la morgue et félicita Vincent pour ses recherches. Il lui demanda de le rejoindre. Ils allèrent ensemble à l’association de chasse et pêche du comté dans l’espoir d’en connaître davantage sur ces malheureux. L’homme qui les accueillit fit de son mieux pour les renseigner. Malheureusement, les registres de l’association ne se limitaient qu’à de la paperasserie commerciale et administrative. Memberships, événement organisés, réunions, approvisionnement. Toutefois leur déplacement ne fut pas complètement vain.

Le commis connaissait intimement trois des chasseurs disparus. Disparus, ils le furent d’ailleurs tous au même moment. Partis chasser ensemble pour une semaine, ils n’en étaient jamais revenus. Leurs familles et amis, ainsi que plusieurs bénévoles et policiers avaient à l’époque – c’était en 1996 – ratissé un immense secteur pendant près d’un mois. Petit à petit, le dossier de l’enquête avait parcouru son chemin jusqu’au bas de la pile pour se retrouver aux archives sous le qualificatif de « non-résolu ». Comment trois chasseurs aguerris, ayant une bonne connaissance de la région pouvaient-ils ainsi se volatiliser?

En consultant les archives de ce dossier, Vincent et son supérieur apprirent que la saison suivante, soit environ un an jour pour jour après la disparition des trois hommes, une autre paire de chasseurs avaient retrouvé des vêtements de chasse, dont on croyait qu’ils avaient appartenus aux disparus. Ces vêtements avaient été retrouvés dans un sac de plastique, pris sous une souche près d’une rivière. Les vêtements semblaient avoir étés déposés soigneusement dans le sac. Certains d’entres eux étaient encore parfaitement pliés. A l’époque, l’on en avait conclu que les trois hommes devaient avoir eu envie d’une baignade sous les étoiles, jouissant de leur solitude sauvage pour assumer une homosexualité cachée, et qu’ils avaient simplement été emportés par le courant.

C‘était une explication plausible, mais qui, mise dans le contexte plus global de la présente enquête, ne satisfaisait pas LaGendron. La tête de Vincent opinait dans le même sens quand le portable de son patron sonna à nouveau. C’était Sophie St-Denis. Elle avait passé de nombreuses heures à travailler sur les deux photos où l’on voyait l’homme. Puis, elle s’était attardée au chasseur présent sur le second cliché, et dont on ne pouvait voir le visage. En visionnant la cassette du bulletin de nouvelle où les deux chasseurs avaient été retrouvés sain et sauf neuf jours plus tôt, elle reconnu immédiatement sur la veste de l’un d’eux la même marque que sur la photo. Cela ressemblait à une tache de café ou de boisson gazeuse,  avec une forme bien caractéristique, sur l’épaule gauche. Elle n’en croyait pas ses yeux. A moins que ce fabriquant de chemises de chasse n’ait une machine défectueuse qui tache tous ses produits au même endroit, l’homme sur pause dans le téléviseur du laboratoire était le même que celui que le fantôme étreignait amoureusement sur le second cliché. Sa chemise, soigneusement pliée, présentant exactement le même défaut. C’était bien entendu impossible. Les vêtements pouvaient être les mêmes que l’homme apparaissant au bulletin de nouvelle, arborant un sourire fatigué mais empreint de soulagement. Mais cela ne signifiait rien de plus  que les vêtements – uniquement les vêtements- étaient les mêmes. Mais les vêtements ne pouvaient être là, il s’agissait d’une photo fantôme. Tout ça leur donnait un énorme mal de tête.

Leur journée ne serait complétée qu’une fois leur visite chez le chasseur rescapé complété. C’est dans la même voiture que Vincent et LaGendron s’y rendirent. L’identité du rescapé de l’orage leur était connue, et ils n’eurent aucune difficulté à localiser son domicile. Il n’y eut aucune réponse lorsqu’ils cognèrent à la porte. Ils tentèrent un coup d’œil par la fenêtre, aperçurent une lumière allumée. Ils répétèrent leur coups  à la porte, mais toujours sans succès. A son grand étonnement, Vincent vu son patron jeter un regard furtif aux alentours puis tourner la poignée de la porte. Celle-ci s’ouvrit sans broncher, et, le sourire en coin, LaGendron fit un clin d’œil moqueur au jeune policier.

Mais leur réjouissance fut de courte durée. Sitôt entré dans la maison, tous deux dégainèrent d’instinct leur pistolet. La scène était plutôt affolante. Devant eux, en plein milieu du corridor se tenait le rescapé de l’orage, complètement nu, le regard tordu. Et il ricanait, mais de façon presqu’inaudible. Comme un fou, pensa Vincent. Son sexe était entièrement caché par une immense toison si fournie qu’elle faisait le tour de son bassin, telle une culotte de poils. Ses bras paraissaient légèrement trop longs. Et l’homme, en ricanant ainsi à voix basse arborait un sourire semblable à celui du géant sur la photo, un peu sadique, le sourire en coin.

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About Denis St-Michel

PHP Team Lead at Vigilance Santé

4 responses to “La meute – jour 4: De ces chasseurs qui disparaissent comme ça parfois, sans laisser de trace.”

  1. melanie Bourgeois says :

    Super!
    J’ai hâte de lire la suite! 🙂

  2. Stephanie C. says :

    Le suspense me tue Denis!!!

  3. Denis St-Michel says :

    Patience les amies! Il ne reste que trois épisodes 😉
    Je me relis et je crois vraiment avoir envie d’Étoffer tout ça pour peut-être en faire une histoire plus complète.. essayer d’aller chercher dans les 150 pages et plus.. j’ai plein d’idée! C’est juste un teaser tout ça! 😛

  4. Stephanie C. says :

    Oh que Oui Denis… J’achèterais ça moi!!!

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